L’édito du hors-série spécial « Git » !

La technologie aura beau être de plus en plus efficace, tant que l’utilisation qui en est faite ne sera pas pensée en termes d’usages pour nous, humains, elle ne servira à rien. Une grande enseigne d’articles de sport a ainsi décidé de basculer toutes ses caisses en caisses « automatiques » où le client dépose ses articles dans des bacs. Chaque article est identifié grâce à une puce RFID et, une fois la totalité des articles dans le bac, il ne reste plus qu’à régler le montant total de ses achats. L’intérêt de cette technologie est indéniable puisqu’au niveau du magasin il est possible de connaître l’état du stock en temps réel, le mouvement de chaque article étant lié « physiquement » à son étiquette RFID. De plus, à la sortie du magasin il est possible de connaître immédiatement quel(s) article(s) n’ont pas été payés. Voici la version idéale du système, voyons ce qui se passe dans la réalité…

Lorsque l’on arrive en caisse on dépose donc les articles un à un dans le bac (pas trop vite, il ne faut pas brusquer les rouages délicats de la machine…). Pour indiquer que l’article a bien été comptabilisé, en plus de l’affichage de la référence de l’article et de son prix sur l’écran idoine, un bip mélodieux se fait entendre. Premier problème : il est rare d’être seul à la caisse… avec une vingtaine de personnes en train de scanner leurs produits, vous obtiendrez une belle cacophonie de bips de même tonalité. Comment distinguer alors si le bip provient de votre caisse ou d’une caisse voisine ? Il est simple d’enchaîner sur l’article suivant, oubliant ainsi l’un des articles.

Une fois venu le moment de payer les courses, on vous proposera d’imprimer le ticket ou de le recevoir directement par mail (avantage payé par les données personnelles que vous cédez au magasin grâce à votre carte de fidélité permettant de conserver un historique précis de tous vos achats). Par mesure écologique vous vous dites que c’est une bonne idée qui change de certaines enseignes imprimant en sortie de caisse le ticket, le code de sortie de la caisse automatique, et trois ou quatre bons de réductions. Deuxième problème : en effet, lorsque vous allez sortir et que le portique de sécurité va indiquer que vous n’avez pas payé un article (celui où la caisse voisine a bipé), comment allez-vous montrer votre ticket à l’agent de sécurité ? Vous pensez réellement avoir reçu le mail ? Eh bien non, c’est raté, ça ne fonctionne pas à tous les coups ! Il faudra alors patienter une bonne dizaine de minutes qu’une hôtesse de caisse parvienne à extraire le bon ticket de la bonne caisse pour se rendre compte qu’effectivement un article n’a pas été comptabilisé et pouvoir le payer…

Ergonomiquement parlant la solution n’est donc pas bonne : les scans multi-RFID existent depuis quelques années déjà, évitant de perdre du temps à déposer les articles un à un. À défaut, il aurait été possible de moduler les signaux sonores de chaque caisse et enfin penser à un système d’identifiant de ticket de caisse pour une récupération rapide en cas de problème du serveur de mail ou de non-réception du signal 4G aurait été un moindre mal. Ces choses-là ne sont pas si inhabituelles…

En tout cas, en ce qui concerne votre GNU/Linux Magazine, vous pouvez le lire sans crainte : toutes ces mésaventures ne vous arriveront pas, car ce dernier n’est pas équipé de puce RFID !

Tristan Colombo


Retrouvez GNU/Linux Magazine Hors-série n°107 :