L’édito du hors-série « Conteneurs & microservices » !

La recherche scientifique permet d’avancer dans nos connaissances. En ce qui concerne l’informatique et les mathématiques, elle nous permet d’accroître notre savoir sur tout ce qui touche aux algorithmes, à la complexité, etc. Tous les articles que vous pouvez lire dans nos magazines, même ceux qui ne sont que des mises en pratique, sont toujours à rattacher à une part de théorie. Accéder à la littérature présentant cette théorie, c’est-à-dire aux journaux scientifiques, c’est pouvoir bénéficier des dernières avancées pour étayer ses propos ou, éventuellement se rendre compte que l’on fait fausse route. Malheureusement, à l’heure actuelle, il est très difficile d’y accéder lorsque l’on n’est pas rattaché à un organisme de recherche. Or, cet été, une nouvelle de grande portée vous a peut-être échappé alors que vous étiez écrasé par la chaleur : l’Université de Californie a décidé de résilier son abonnement aux publications scientifiques d’Elsevier (propriétaire d’environ 3000 journaux scientifiques tels que The Lancet, Genomics, Proteomics and Bioinformatics, Journal of Computational and Applied Mathematics, Cortex, etc.). En quoi cette nouvelle nous concerne-t-elle ? Petite explication…

Elsevier est l’un des nombreux éditeurs scientifiques. Ces éditeurs publient les journaux contenant des articles scientifiques indispensables à tout chercheur, tant pour se tenir informé que pour diffuser les résultats de leurs travaux. Le processus de publication est le suivant :

1. Soumission de l’article.

2. Transmission de l’article pour relecture à un groupe de reviewers (spécialistes du domaine dans lequel s’inscrit l’article) qui évaluera la validité scientifique de l’article et indiquera si l’article peut être accepté pour publication, s’il est refusé ou s’il nécessite des modifications.

3. Tant que l’article nécessite des corrections, le ou les auteurs modifient l’article et repassent par les étapes 1 et 2 ; ce qui peut parfois être très long et conduire à la publication d’un article qui est déjà dépassé par rapport à l’état d’avancement des recherches du ou des auteurs, mais qui a le mérite d’être – normalement – exempt de toute erreur…

4. Publication de l’article.

Dans le monde de la recherche, ce passage par la publication d’articles est obligatoire pour obtenir la reconnaissance internationale d’une expertise dans un domaine. Par contre, pour accéder à ces articles chez ce type d’éditeur, les chercheurs doivent payer (très cher) pour avoir accès au fruit de leur propre travail ! Par ailleurs, dans certains cas, pour publier un article en accès libre les éditeurs demandent de payer une forte somme en sus et les plateformes en open access existantes n’offrent pas le même impact factor (indicateur de la visibilité scientifique d’un journal).

Dans ce système, l’éditeur est rémunéré (logique), mais les reviewers – qui relisent et commentent les articles – comme les auteurs ne touchent pas de salaire (à part celui de leurs sociétés/organismes de rattachement respectifs), cela constitue un commerce très lucratif… et la décision de l’Université de Californie va nécessairement en entraîner d’autres ainsi qu’une mutation du secteur favorisant les revues en open access. Les éditeurs devront trouver un nouveau modèle économique, car rappelons une fois de plus que « libre » n’implique pas nécessairement « gratuit ».

Aujourd’hui, pour accéder à ces informations, il faut soit passer par ces fameux journaux scientifiques, soit par des magazines spécialisés (comme Linux Magazine), soit par des livres. Un accès libre et simplifié aux articles scientifiques sera nécessairement bénéfique à tous et notamment à la qualité des articles de votre Linux Magazine qui, tout en restant appliqués, y trouveront un étayage théorique supplémentaire. En attendant de voir comment évoluent les choses, je vous souhaite une bonne lecture !

Tristan Colombo


Retrouvez GNU/Linux Magazine Hors-série n°104 :

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