L’édito de GNU/Linux Magazine n°194 !

Faut-il faire table rase du passé ?

Ne vous inquiétez pas, je ne vous invite pas à la rédaction d’un devoir de philosophie, mais à une réflexion beaucoup plus prosaïque sur l’importance à donner à des technologies dites « dépassées ». L’informatique est un domaine où tout évolue très vite, du matériel aux langages. Faut-il pour autant considérer comme inutile tout ce qui a permis d’arriver au point où nous en sommes, de construire les langages que nous utilisons actuellement ? Dernièrement je me suis trouvé confronté à un étudiant qui dénigrait tout ce qui était « ancien » arguant qu’il y avait une « vieille méthode », et une « méthode performante ». Pourtant, dans un contexte d’apprentissage, la « vieille méthode », celle qu’il faudrait mettre au rebut et dont on a honte, permet de comprendre la « nouvelle méthode », celle qui est sous les feux des projecteurs. Parce que pour construire la nouvelle méthode, il a fallu comprendre l’ancienne !

Il n’est pas possible de comprendre le monde dans lequel nous vivons sans connaître un minimum l’Histoire. Il en est de même pour l’informatique. Avant d’utiliser le dernier framework à la mode, il est bon de connaître les bases du langage sur lequel il s’appuie. De nos jours on se retrouve confronté à des problèmes de mode qui sont très proches de ce que l’on peut constater dans le domaine vestimentaire. Une année, il « faudra » porter du noir et puis l’année d’après ce sera du fluo, puis des dégradés de bleus, etc. On retrouve le même problème avec les smartphones : pourquoi changer de smartphone tous les 6 mois pour avoir le dernier « I-Sung 4K THX Dolby TrueHD octaconta-core » avec 2Tio de mémoire extensible à 128Pio par ajout d’une carte SuperMicroSD High++, équipé d’une caméra Dual Pixel 120MP ? En dehors de pouvoir frimer pendant deux mois jusqu’à la sortie de l’ « I-Sung v2++ », à quoi cela sert-il ? Les commerciaux et publicistes font bien leur travail et du moment qu’il y a des consommateurs, les constructeurs sont heureux. Ce consumérisme se retrouve jusque dans les frameworks que nous employons : il faudra absolument utiliser le framework F1 puis, six mois plus tard F1 sera totalement has been, F2 sera ce qui se fait de mieux, etc. ! Les arguments seront simples à trouver : « sur Internet, tout le monde utilise F2 » et si « tout le monde » le fait, alors ils ont forcément raison. On changera donc de framework tous les six mois et il faudra réapprendre une logique différente. Pourtant une chose n’aura pas changé : le langage sur lequel s’appuie le framework. Si le développeur connaît bien celui-ci, quels que soient les changements il pourra s’adapter rapidement.

Ainsi, il y a deux écoles : soit on accepte d’apprendre les bases de manière à pouvoir évoluer et être capable de s’adapter, soit on se forme à une technologie éphémère de manière à être rentable rapidement et sur une durée très limitée. Tiens, ça rappelle le schéma des « modes » : on prend un développeur pour un an ou deux et après on s’en débarrasse, comme les smartphones. Il existe quand même une différence : pour les smartphones, on commence à les recycler…

Je n’ai pas pu convaincre mon étudiant, certaines personnes sont trop bornées et je ne pense pas qu’il ouvre jamais un GNU/Linux Magazine, pourtant c’est dans ces pages que l’on peut trouver à la fois des notions essentielles et les actualités des derniers frameworks. Je vous souhaite donc une lecture enrichissante !

Tristan Colombo