L’édito de GNU/Linux Magazine n°237 !

Le Ministère de l’Économie et des Finances a récemment lancé le site TerMef sur https://terminologies.finance.gouv.fr. TerMef est présenté comme le gestionnaire des référentiels terminologiques… en clair un gros dictionnaire des termes associés à des domaines « pointus ». On aurait pu s’attendre à ce que ce type d’informations soit plutôt rattaché au Ministère de la Culture ou au Ministère de la Recherche… quoi qu’il en soit, en étudiant de plus près le contenu du site, on se demande quel est le public visé. Les domaines (appelés référentiels) présentés sur le site allant de l’Agriculture et la Pêche jusqu’à l’Énergie Nucléaire, nous allons nous attarder, et cela ne vous surprendra pas, à l’Informatique. Ce référentiel est sous-divisé en Automatique, Bioinformatique, Informatique (encore), etc. qui sont eux-mêmes encore sous-divisés. Pour nous plonger dans le monde merveilleux des référentiels terminologiques, je vous propose un scénario survenant dans le domaine Informatique > Informatique > Internet.

Imaginons donc un client qui serait au fait de ce référentiel et qui s’adresserait au développeur en charge de son projet :

« L’arrière-guichet fonctionne très bien, mais pour le guichet nous souhaiterions ajouter plus de vignettes actives et la possibilité d’ouvrir une fenêtre de causette. Pour une meilleure expérience utilisateur, nous avions également pensé à l’intégration d’une diffusion systématique sur la toile. »

Je vous laisse imaginer la tête de n’importe quel développeur à l’écoute de ce charabia… et vous, avez-vous compris quelque chose ? Il faut savoir que l’arrière-guichet est le back-end, le guichet fatalement est le front-end, et que les vignettes actives sont des widgets. Pour la fenêtre de causette, je l’avoue, j’ai été joueur : il s’agit d’une forme désuète, remplacée par « fenêtre de dialogue en ligne » depuis 2006 (le sens est alors assez simple à inférer, il s’agit d’une fenêtre de chat). Enfin, la diffusion systématique sur la toile peut être abrégée en diffusion réticulaire, ce qui est tout de suite beaucoup plus parlant, non ? À moins que vous ne préfériez le terme de webcasting ?

Tous ces termes ne sont pas nouveaux. Ils sont issus de réflexions de la Commission d’enrichissement de la langue française, et ont été publiés au Journal Officiel pour la plupart depuis 1999. Sachez que cette commission, relevant cette fois de manière plus logique du Ministère de la Culture, dispose d’un site, FranceTerme, équipé d’une boîte à idées (http://www.culture.fr/franceterme/boiteidees) dans laquelle vous pourrez faire des propositions pour les termes qui n’auraient malheureusement pas encore d’équivalent en français (et avouez que c’est dommage !). Le quantum computing n’a ainsi pas encore officiellement d’équivalent ! Précipitez-vous pour proposer quelque chose d’original !

Limiter l’emploi d’anglicismes peut évidemment être une priorité… tant que cela ne tourne pas au ridicule. Quitte à employer ce référentiel, nous pourrions aussi imaginer traduire nos codes en français (certains s’y sont déjà essayés – voir le Wlangage). Mais à ce moment-là, quid de l’universalité du code ? Seuls les développeurs parlant la même langue pourraient collaborer ?

Dans GNU/Linux Magazine, nous pensons que le contenu de nos articles est déjà suffisamment dense et pointu pour ne pas l’alourdir inutilement avec un langage qui pour nous serait peu courant. Je vous souhaite une bonne lecture !

Tristan Colombo


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