L’édito de GNU/Linux Magazine n°226 !

Je pensais que nous avions encore quelques années devant nous avant de voir fleurir diverses offres nous proposant des réductions en échange de nos données… mais en fait c’est déjà le cas (et visiblement les assureurs s’y essayent depuis quelques années). Pour ceux qui, comme moi, tomberaient des nues, voilà de quoi il est question : acceptez d’être espionné (il n’y a pas d’autre terme), et en échange, si vous conduisez correctement, vous aurez droit à une réduction sur le montant de votre assurance auto. Grâce à une application installée sur votre smartphone, l’assurance récoltera votre position GPS, vos accélérations et freinages et, à l’aide de prestataires, vous attribuera un score. Bien entendu, ces informations ne sortiront pas de la société d’assurance ni des prestataires sélectionnés par celle-ci (promis, juré, craché !).

Avec ces offres d’assurance dégressives, ne nous retrouvons-nous pas un peu dans le même cas de figure que ces personnes condamnées à des peines de prison ferme qui peuvent bénéficier d’une mesure d’aménagement leur permettant d’effectuer leur peine à domicile en acceptant de porter un bracelet électronique ? Si vous ne pouvez pas payer l’assurance au prix fort, alors il vous suffit d’accepter de porter un « bracelet électronique » pour revenir à un montant plus en adéquation avec vos moyens. Avec un tel système, il est évident que certaines personnes renonceront à une part de leurs libertés pour bénéficier d’avantages financiers arguant des classiques « je n’ai rien à cacher », « ça ne me dérange pas que l’on sache où je vais, ce n’est pas secret », ou plus prosaïquement « je ne peux pas faire autrement, je n’ai pas les moyens de payer plus cher ».

Pour l’instant, nous pouvons encore choisir, mais que se passera-t-il lorsque les assurances parviendront à des accords avec les constructeurs de voitures et que ceux-ci installeront le matériel de traçage directement dans les véhicules ? Il ne nous restera plus qu’à rouler en voiture de collection ou en vélo électrique. Le côté positif de la situation serait d’y voir une solution malicieuse à la pollution… pourtant ça ne fonctionnera pas avec les voitures de collection qui, bien que particulièrement esthétiques, ont tendance à consommer beaucoup d’essence !

Tout ceci, c’est pour l’assurance auto, une assurance qui n’a rien d’obligatoire puisque l’on peut justement choisir de ne pas posséder de voiture. Par contre, le même schéma se dessine pour les assurances santé : faites du sport et vous dépenserez moins. Du coup, en tant que sportif justement, j’ai une question un peu naïve : quand on fait du sport, malheureusement, il arrive que l’on se blesse et, suivant la blessure, la convalescence peut durer plusieurs mois. Que se passe-t-il alors ? Je vais être pénalisé (ou pas) parce que j’ai suivi les directives qui m’étaient imposées ?

Pour se défendre, les assureurs certifient que ces systèmes de contrôle ne pénalisent pas les personnes qui ne les acceptent pas. Mais rien ne nous garantit que le montant « standard » ne sera pas augmenté pour que la remise obtenue permette seulement d’atteindre cet ancien montant.

Puisque pour le moment vous n’avez pas encore à scanner vos lectures pour vous assurer qu’elles soient « saines » et fassent diminuer le montant de votre assurance maladie, profitez-en pour lire votre GNU/Linux Magazine en toute quiétude (vous pouvez même manger des chocolats en même temps ; promis, nous ne dirons rien !).

Tristan Colombo


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