L’édito de GNU/Linux Magazine n°225 !

Ce mois-ci je vous propose de nous attarder quelque peu sur un monde féerique, un monde magique : le Cloud ! En effet, qu’y a-t-il de plus beau qu’un service disponible dans le Cloud ? Rien ! Vous n’avez plus à passer des heures en installation et configurations diverses, plus à vous soucier de la sécurité de votre infrastructure, tout fonctionne immédiatement et sans accroc ! Les utilisateurs ne s’y sont pas trompés et ils usent et abusent de services variés : gestion de mails / photos, traitement de texte / tableur en ligne, etc. Il suffit de se connecter au service où que l’on soit pour avoir accès à toutes les données qui sont conservées avec amour par les différentes entreprises proposant ces services, parfois même gratuitement ! Comment avons-nous pu vivre sans Cloud ?

Bien entendu, il se trouvera toujours des esprits chagrins qui viendront dénigrer cette magnifique avancée sociétale et qui poseront des questions qui n’ont pas lieu d’être :

– Qu’est-ce qui se passe sur un service de musique si le service décide qu’une chanson qui nous plaît ne doit plus figurer dans le catalogue (conflit avec l’éditeur, etc.), comment l’écouter ? N’y a-t-il pas comme la possibilité pour la société de service d’exercer une censure ?

– Dans le cas d’un service proposant des outils bureautiques en ligne, l’entreprise peut décider, du jour au lendemain, de modifier complètement l’interface, impactant par là même les habitudes de travail (suppression de la classification des documents en répertoires par exemple, etc.). Des milliers de personnes ne vont-elles point se retrouver ralenties ?

– Et que dire de la propriété des données si l’on imagine des conditions d’utilisation qui auraient la forme suivante : « Lorsque vous importez, soumettez, stockez, envoyez ou recevez des contenus à ou à travers nos Services, vous accordez à notre entreprise une licence, dans le monde entier, d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de modification, de communication, de publication, de représentation publique, etc. » ?

Le fait de pouvoir profiter très simplement de certains services qu’il fallait précédemment installer, sécuriser et maintenir est très certainement une grande avancée… mais il ne faudrait pas perdre de vue que si ces services sont le plus souvent gratuits, c’est que nos données ont une valeur financière. Notons au passage que certains fabricants de disques durs vont encore plus loin en proposant des disques durs NAS intégrant une gestion des données via leur service dans le Cloud… service qui est donc payé lors de l’achat du disque dur !

Et si nous imaginions qu’après des années d’utilisation d’un service « gratuit » comme un gestionnaire de mails, les utilisateurs se rendent compte que, finalement, l’espace disque qui leur était fourni et donné pour « quasiment infini » ne l’était pas tant que ça… quelle serait leur réaction si on leur proposait de pouvoir continuer à profiter de leur service « gratuit », celui sur lequel se trouvent toutes leurs données, avec lequel ils ont leurs habitudes, contre paiement ? Ne seraient-ils pas tentés de payer pour conserver tous leurs avantages et cela ne s’apparenterait-il pas à une sorte de vente forcée ?

Nous utilisons tous au moins l’un de ces services. Si, si, ne le niez pas, vous aussi ! Même si nous savons mettre en place ces solutions de gestion de mails et autres, il est tellement tentant de se décharger d’une activité ingrate pour pouvoir se consacrer à d’autres tâches plus « nobles ». Donc nous aussi, nous les employons, mais le tout est de les utiliser avec parcimonie, en étant bien conscient des conséquences et puis d’aller lire de temps à autre quelques contrats d’utilisation : ça remet toujours les idées en place rapidement… Sur ce, nos conditions d’utilisations étant extrêmement concises : tournez les pages pour poursuivre votre lecture de GNU/Linux Magazine !

Tristan Colombo


Retrouvez GNU/Linux Magazine n°225 :