L’édito de GNU/Linux Magazine n°220 !

Le B2i est mort, vive PIX ! Bien entendu, si vous ne savez pas ce qu’est le B2i, vous aurez du mal à deviner ce que peut être PIX… Le B2i, c’est (ou plutôt c’était) le Brevet Informatique et Internet, une attestation délivrée aux élèves du primaire jusqu’au lycée permettant de voir que l’élève a acquis un certain nombre de compétences dans le domaine du numérique. Il y a trois niveaux de B2i : le B2i école, le B2i collège et le B2i lycée. Au niveau de l’ « examen » en lui-même, il était réalisé « dans le cadre des horaires et des programmes d’enseignement en vigueur » [1][2]. C’étaient donc les enseignants qui étaient les garants du bon déroulement du contrôle des connaissances et de la délivrance de l’attestation. Voilà donc pour le passé. Le futur, ce sera PIX… mais qu’est-ce donc ?

PIX, c’est la plateforme d’évaluation et de certification des compétences numériques (non, ne cherchez pas de signification à cet acronyme, il n’y en a pas), un service public en ligne d’évaluation, de développement et de certification des compétences numériques, comme on nous l’indique sur la page d’accueil du site actuellement en Bêta test : https://pix.beta.gouv.fr. Par rapport au B2i, le public visé est élargi puisqu’il part des collégiens jusqu’aux professionnels, mais on oublie donc les enfants du primaire ce qui est tout de même dommage lorsque l’on voit ce que sont capables de faire nos voisins d’outre-Manche (par exemple avec les BBC micro:bit [3]). De plus, il s’agit cette fois-ci d’une certification censée être reconnue en entreprise.

Comme je m’intéresse à tout ce qui touche à la pédagogie, à la façon de transmettre le savoir et également d’évaluer les compétences acquises, j’ai voulu tester PIX et je vous livre ici mes impressions. Tout d’abord, je voudrais souligner les points qui m’ont paru positifs :

1. PIX est développé par un groupement d’intérêt public (GIP). Bien entendu, des entreprises privées peuvent être amenées à contribuer à ce type de groupement, ma crainte était de voir les GAFAM imposer une fois de plus leur vision de l’informatique à l’éducation, mais ce n’est pas le cas ici puisque les membres du GIP sont [4] :

– l’État, représenté par le ministre chargé de l’Éducation nationale et par le ministère chargé de l’Enseignement supérieur ;

– le CNED (Centre National d’Enseignement à Distance) ;

– l’Université de Strasbourg.

2. Le code est libre [5] (licence AGPL [6]) ;

3. Lorsqu’il faut saisir du pseudo code, la solution utilisée est également libre : http://www.declick.net (licence GPL v.3).

En pratique, il est possible de se tester sur 16 compétences réparties en 5 domaines. J’ai choisi plusieurs compétences et j’ai passé les tests :

– j’ai rencontré un bug incompréhensible lorsque l’on m’a demandé de recopier une phrase à l’identique et que ma réponse a été comptabilisée comme erronée (j’ai vérifié une dizaine de fois ma saisie… elle était valide !). Un formulaire étant mis à disposition pour signaler d’éventuels problèmes (je vous rappelle que c’est une version Bêta), j’ai donc laissé un commentaire ainsi que mon adresse mail. Pas de réponse à ce jour, j’espère que mon message aura quand même servi à quelque chose…

– j’ai dû traduire les trois caractères Unicode 6C34 65CF et 9986. Pour obtenir la réponse, je n’ai pas été très inventif puisque j’ai ouvert un interpréteur Python :

Malheureusement, la réponse attendue était « aquarium » ?!?!? Pas de chance, on tombe dans des zones d’idéogrammes [7][8] ! Aucune explication n’est disponible à la correction si ce n’est qu’il faut chercher la correspondance entre codes Unicode et alphabet.

– j’ai dû donner l’algorithme permettant de déplacer un pinceau à l’aide de caractères H (Haut), B (Bas), G (Gauche), D (Droite) et n(…) (répétition n fois de l’instruction entre parenthèses). J’ai répondu un peu vite et omis la partie de l’énoncé qui spécifiait « Les parenthèses doivent contenir au moins deux instructions » : 5(D3(H)2(D)3(B)). La réponse attendue était : 5(DHHHDDBBB). Mais ce n’est pas logique : une boucle reste valable, quel que soit le nombre d’instructions qu’elle contient ! La réponse attendue n’est pas fausse, mais constitue en fait d’un point de vue informatique une réponse non optimisée…

– enfin (oui, je ne peux pas tout écrire ici), j’ai été confronté à des problèmes d’unité de mesure du poids de fichiers :

– lorsque je réponds 94 Kio, c’est 94 qui était attendu : il me semblait que l’on devait toujours indiquer l’unité : 94 choux ? 94 Tio ?

– dans une autre question, on m’indique que la réponse est 16,9 Kio… Les préfixes binaires datent quand même de 1998, il serait peut-être temps d’utiliser les bonnes unités [9] !

Lorsque je me suis lancé dans le test de cette plateforme j’étais pour une fois assez optimiste, de nombreux éléments laissant à penser qu’une réflexion avait été mise en place tant sur le développement (logiciels libres) que sur les savoirs et la pédagogie. Ce n’est malheureusement pas complètement le cas et nous allons simplement espérer que cette version Bêta sera corrigée. Mon souci est surtout l’aspect validant d’un tel dispositif : pensez-vous réellement que des entreprises vont tenir compte d’une certification réalisée en ligne ? À quand le baccalauréat en ligne avec correction instantanée ? La difficulté de tout dispositif en ligne est que personne ne peut vérifier l’identité de l’utilisateur et de là à ce que de petits malins vendent leurs services pour passer des certifications à la place de leurs destinataires officiels… En attendant ce jour-là, je vous souhaite une bonne lecture !

Références

[1] BO (Bulletin Officiel) n°29 du 20 janvier 2006 : http://www.education.gouv.fr/bo/2006/29/MENE0601490A.htm

[2] BO n°3 du 17 janvier 2008 : http://www.education.gouv.fr/bo/2008/3/MENE0773559A.htm

[3] Site officiel du BBC micro:bit : https://microbit.org/fr/

[4] JORF (Journal Officiel) n°0102 du 30 avril 2017 : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2017/4/27/MENF1711150A/jo

[5] Code source de PIX : https://github.com/1024pix/pix

[6] GNU Affero General Public License : https://www.gnu.org/licenses/why-affero-gpl.fr.html

[7] Table des caractères Unicode entre 6000 et 6FFF : https://fr.wikipedia.org/wiki/Table_des_caract%C3%A8res_Unicode_(6000-6FFF)

[8] Table des caractères Unicode entre 9000 et 9FFF : https://fr.wikipedia.org/wiki/Table_des_caract%C3%A8res_Unicode_(9000-9FFF)

[9] T. COLOMBO, « Des Giga-Octets aux Gibi-Octets », GNU/Linux Magazine n°191, mars 2016 : https://connect.ed-diamond.com/GNU-Linux-Magazine/GLMF-191/Des-Giga-octets-aux-Gibi-octets


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