L’édito de GNU/Linux Magazine n°217 !

En tant que magazine de développement informatique, nous ne pouvions pas ne pas nous poser la question : quid de l’ « apprentissage du code », pour utiliser la formule consacrée ? Que ce soient les médias ou les politiques, on ne cesse de nous rappeler les enjeux majeurs du développement informatique et de l’intelligence artificielle. Mais pour être compétitifs, il faut que nos enfants, les futurs informaticiens et chercheurs de demain soient correctement formés. Qu’en est-il donc ?

C’est la question que je me pose pratiquement chaque jour depuis que mes enfants sont en âge d’aller à l’école. Ce qui suit n’est en rien une généralité, mais le fruit d’une observation ponctuelle qui n’est certainement pas isolée. En maternelle, l’école était équipée de vieux PC donnés par des parents et de quelques Mac : inutilisables de par la disparité du matériel et l’absence de connaissances techniques de l’équipe enseignante. Après mon passage, quelques ordinateurs étaient utilisés sous DouDouLinux en grande section. C’était il y a 5 ans… depuis les ordinateurs ne sont plus du tout utilisés et je m’aperçois en écrivant cet édito que le site de DouDouLinux n’est plus accessible : simple erreur du serveur web ou arrêt du projet ? On peut certes utiliser une Debian, rendre le bureau plus accessible et installer GCompris, mais DouDouLinux était déjà paramétré pour une utilisation par des enfants. Dans ce cadre, PrimTux est sans doute une alternative intéressante.

Dans l’école primaire de mon fils, il y a cette fois une véritable salle informatique… où les ordinateurs sont tous sous Windows et ne sont pas maintenus. Pour apprendre aux enfants à « programmer » (créer des animations avec Scratch), les enfants se déplacent donc et effectuent quelque trois heures de trajet aller/retour pour une heure de temps passée devant un ordinateur. Tout cela pour accéder à des ordinateurs fonctionnels, mais également à des formateurs ayant acquis quelques rudiments de programmation, les enseignants n’ayant pas eu la chance d’avoir accès à cette connaissance…

Nos voisins anglais ont été un peu plus rapides que nous à comprendre les enjeux de l’apprentissage de la programmation et l’utilisation de la BBC Micro:bit, petite carte permettant de s’initier aux joies du développement de manière plus large que Scratch (JavaScript avec un éditeur block ou normal et Python) en est l’exemple flagrant, même si cette dernière n’est employée qu’à partir de l’équivalent de notre 6ème.

Microsoft et Apple ont bien senti l’importance économique de ces futurs consommateurs. Le premier en s’impliquant dans le projet BBC Micro:bit en développant un éditeur, en rachetant Minecraft, en proposant le site https://makecode.com/ pour apprendre à programmer – à la sauce Windows bien sûr, tout en mode graphique-, et en diffusant des offres de réduction pour les étudiants et enseignants : une fois que les gens sont habitués à utiliser du Microsoft, faire machine arrière est beaucoup plus compliqué. Pour le second, en plus des promotions pour étudiants et enseignants qui ne visent qu’à ancrer les futurs utilisateurs sur du matériel de la marque, Apple proposait également des sorties de classe pour bien formater les futurs acheteurs (jusqu’à leur suspension par le ministre de l’Éducation nationale il y a peu). Édifiant !

Ainsi, alors que certaines administrations françaises ont réussi leur passage au logiciel libre, l’éducation nationale est la cible d’entreprises qui visent à enfermer les enfants dans leur vision propriétaire de l’informatique et du développement : on utilise Windows/Apple comme système d’exploitation, on développe de manière purement graphique… on devient de futurs clients !

Les grandes marques ne cherchent pas vraiment à former les élèves, ce n’est ni leur rôle ni leur intérêt. L’histogramme Current Age vs . Age started coding proposé sur https://research.hackerrank.com/developer-skills/2018/ et basé sur 39441 développeurs montre que parmi les développeurs, les 35 – 54 ans sont ceux qui ont appris à programmer le plus tôt et en plus grand nombre. La curiosité scientifique aurait-elle fuit les plus jeunes ?

Je vous souhaite une bonne lecture, et n’hésitez pas à laisser traîner vos GNU/Linux Magazine sur les lieux de passage d’enfants, on ne sait jamais, ils pourraient voir qu’une autre informatique est possible…

Tristan Colombo


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