12 March 2010

Édito

L’embarqué est un vaste domaine. D’un point de vue strict, un système embarqué peut être défini comme un ensemble électronique et informatique autonome, généralement dédié à une tâche précise, dont les ressources sont souvent limitées (encombrement, puissance, consommation, etc.).
Cette courte définition est-elle encore valable aujourd’hui ? Avec la montée en puissance des architectures à base de dernières générations d’ARM et les avancées non négligeables en termes de ressources mémoire et d’économie d’énergie, les cartes/kits d’évaluation ressemblent de plus en plus à des PC complets.
Il devient ainsi très difficile de rester dans une logique où tout l’embarqué peut être envisagé d’un seul tenant. Nous avons donc choisi, dans ce numéro, de dégager trois grands axes de développement du domaine.
D’une part, nous avons le développement d’application reposant intégralement sur les fonctionnalités mises à disposition par le système et le matériel sous-jacent. L’exemple le plus démonstratif est, sans le
moindre doute, la création d’applications pour smartphones Androïd, sujet de choix traité par Marc de Verdelhan des Molles.
Si nous descendons d’une couche, nous touchons au système à proprement parler. Pierre Ficheux nous offre ainsi une étude complète ainsi qu’un voyage captivant dans Buildroot, le constructeur de systèmes embarqués basés sur Linux. Au terme de la lecture de ce double article, vous serez à même de porter Linux et les outils système vers des plates-formes encore inexplorées.
Enfin, toujours plus près du matériel, nous arrivons à un niveau où l’abstraction devient presque formelle. C’est le monde des microcontrôleurs qui, eux aussi, gagnent sans cesse en puissance et en
ressources. Jean-Michel Friedt et Gwenhaël Goavec-Merou nous proposent ainsi la mise en œuvre et l’exploitation d’un OS pour le MSP430 de Ti.
Paradoxalement, l’embarqué prend de plus en plus de place dans l’univers du logiciel libre et ce hors-série, je l’espère, vous convaincra de l’étendue et la diversité des possibilités qui s’offrent à vous. Vous n’avez finalement plus qu’à choisir le niveau d’abstraction qui vous convient avec le matériel…

Denis Bodor
Sorcier niveau 18

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26 February 2010

Édito

Logiciel libre, marque, vie privée, format propriétaire, etc., etc., etc.
Je ne sais pas pour vous, mais ces derniers temps, j’ai tantôt l’impression d’être considéré par certains comme faisant partie d’une sorte de cheptel dont on se sert comme argument dans des manœuvres d’intimidation entre éleveurs. « Attention, mon troupeau de bêtes ayant des dents compatibles avec l’herbe standard verte compte x millions de têtes ! », « Oui, mais mes pâturages d’herbe plus verte et non standard attirent bien plus de bétail ! », « Oui peut-être, mais sans herbe standard, mes bêtes ne viendront pas dans ton pâturage ! », « Ok, mais tes animaux, si tu ne les autorises pas à manger l’herbe plus verte, ne mangeront pas un brin de mon pré si prisé par d’autres », etc.
Personnellement, je ne suis pas une brebis docile et j’ai une fâcheuse tendance à ne pas apprécier qu’on choisisse mon herbe et ma dentition à ma place. Encore moins qu’on parle en mon nom. Si je veux manger de l’herbe plus verte, je le ferai. Si je ne veux pas mettre un sabot dans un pré ne correspondant pas à mes préférences, je ne le ferai pas. Mais c’est moi qui décide, qui fait ou non des concessions ou qui adopte au contraire un point de vue radical et intransigeant.
Remplacez donc l’herbe par Ogg/HTML5/H264/Flash et les belles brebis (façon F’Murrr en ce qui me concerne) par les utilisateurs de Safari/Chrome/Firefox et vous aurez sans doute une petite idée de quoi je parle.
Force est de constater que le monde du logiciel libre a désormais atteint une taille critique où les acteurs commencent à adopter des démarches de plus en plus stratégiques, n’hésitant pas à porter le débat sur tous les fronts : respect de la vie privée, éthique, partage des connaissances, … Il en ressort des partenariats, des accords croisés, des annonces en tous genres et même des menaces à peine voilées.
Faut-il vraiment rappeler les trois libertés du logiciel libre et en particulier la première ? Celle-là même qui apporte la liberté du choix aux utilisateurs ? La liberté d’utiliser un programme… ou pas ! Je n’aime pas les discours si assurés de part et d’autre, n’hésitant pas à considérer les utilisateurs comme étant des voix acquises. On voit même être déclaré un avis de divorce entre une société et le monde du logiciel libre… Mais « le monde du logiciel libre », ce n’est pas un projet ou un autre, c’est vous, c’est moi, c’est nous. Un monde où chacun a sa propose vision et ses propres intérêts dans l’utilisation de logiciels libres et de formats ouverts.
J’ai la mienne et j’utilise Firefox (Iceweasel), Gmail, OpenOffice, Youtube et bien d’autres choses. Je n’en suis pas pour autant un utilisateur appartenant à ces projets ou ces services. Considérer les utilisateurs et les internautes comme des parts de marché est quelque chose d’extrêmement dangereux. Cette masse est composée d’unités ayant leur libre arbitre et présager d’une réaction ou d’une autre relève purement et simplement de la divination. L’histoire de l’informatique l’a montré, spéculer ainsi est dérisoire. Les coqueluches d’aujourd’hui pourraient bien être les souffre-douleur de demain.
Méfiez-vous, éleveurs de tous poils, pendant que vous vous menacez et brandissez fourches, il est bien possible que vos brebis ne finissent par prendre la poudre d’escampette pour finalement brouter où bon leur semble quand bon leur semble. Ne l’oubliez pas, ces brebis-là ont compris que changer d’environnement n’est pas une chose si difficile puisqu’elles l’ont déjà fait une fois.
Rendez-vous le 27 mars pour le prochain numéro et d’ici-là, sur notre stand C33 (ou dans les allées) à Solutions Linux les 16, 17 et 18 mars si vous êtes de passage dans la capitale.

Denis Bodor

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29 January 2010

Nisi credideritis, non intelligetis
En d’autres termes, à moins que vous n’y croyez, vous ne pourrez comprendre. Cette locution latine attribuée à Saint Augustin (”Crois et tu comprendras ; la foi précède, l’intelligence suit.”) a été utilisée (et déformée) dans bien des contextes et pour décrire bon nombre de choses. Ici c’est, bien entendu, dans le domaine informatique et celui des systèmes UNIX en particulier qu’elle fait son office.
Combien de fois n’ai-je pas honteusement douté de l’architecture, de la configuration ou du fonctionnement d’un système ? Configuration des services, construction d’une distribution liveCD, utilisation d’une bibliothèque ou encore mise en oeuvre de scripts et d’outils divers… À chaque fois le même principe semble s’appliquer. “Nooooon, ça n’est sûrement pas si simple, je vais tester autre chose”. S’en suit alors une phase de recherche et de perte de temps avant de finalement arriver à la solution qui :
- était évidente dès le départ,
- était décrite dans la documentation,
- était implémentée par ailleurs,
- ou se trouvait déjà dans la configuration par défaut.
Je pense que nous avons tous ce genre de réactions vis-à-vis des technologies que nous utilisons. Après tout, comment ne pas douter du travail des autres, en particulier lorsqu’on a trop souvent fait usage de systèmes “peu crédibles” dans le passé (même lointain) ? “Non, nous n’utiliserons pas ce framework, on ne sait pas qui l’a développé, c’est un logiciel libre” est une phrase que j’ai déjà entendu. Sans surprise, peu de temps après, cette prise de position s’avérait être catastrophique pour le projet.
La vérité est que, quelque soit le projet sur lequel on travaille et les outils en logiciel libre dont on fait usage, la première étape est de croire en leur qualité et en l’intelligence des développeurs. Et ce, quite à prendre le risque de nous tromper. Nous utilisons et aimons des systèmes et des distributions qui reposent sur des bases solides, des fondations stables. Le fait que GNU/Linux et *BSD s’étendent sans cesse à d’autres domaines (smartphone, VoIP, multimédia, domotique, etc) n’est pas le fruit du hasard.
Ais la foi en UNIX et en l’opensource ami lecteur, c’est la première étape vers leur compréhension.
Sur ce conseil, je vous donne rendez-vous le 27 février prochain pour le numéro 125 et peu de temps après, les 16, 17 et 18 mars sur notre stand C33 à Solutions Linux, porte de Versailles, à Paris.

Denis Bodor

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15 January 2010

UNIX est un monde merveilleux !
UNIX, c’est un peu comme un jeu de rôle massivement multijoueur. Voilà quelques 15 années que je parcours et explore le monde de GNU/Linux et des BSD, et je ne cesse de découvrir de nouvelles choses. La carte du monde UNIX est énorme et les quêtes ne manquent pas. On gagne ainsi des niveaux au fil du temps, augmentant ses points d’expérience à chaque nouveau défi et en améliorant son personnage.
On peu choisir d’être mage, sorcier, guerrier, paladin, selon les quêtes qui nous sont proposées. Celles-ci parfois peuvent finir en véritables aventures débouchant soit sur une fin héroïque soit, tantôt, sur des choses un peu plus catastrophiques. Il nous est possible de gérer notre inventaire comme bon nous semble avec pour seule limite les capacités des machines à notre disposition. Plusieurs mondes sont disponibles, aux règles et aux caractéristiques différentes.
C’est un jeu massivement multijoueur, où la communication entre joueurs de toutes catégories et tous niveaux est quelque chose de très travaillée. Mieux encore, le joueur peut choisir son interface et la configurer à souhait. La prise en main est certes parfois délicate si l’on vise des quêtes d’un trop haut niveau, mais l’expérience gagnée n’est jamais perdue.

Les règles du jeu sont souples et adaptables bien que reposant sur un fil de conduite relativement clair et strict.
Ce MMORPG ne nécessite pas d’abonnement ou d’achat d’éléments dans le jeu. Le joueur peut (et est même invité à) créer ces éléments et les partager avec les autres joueurs qui, eux-mêmes, pourront les modifier sans restriction.
Extrêmement documenté, UNIX est un véritable gouffre à temps et des symptômes de dépendance sont souvent constatés chez les joueurs les plus assidus. Heureusement, certaines guildes vous permettront de mettre cet investissement à profit dans un parcours professionnel en fonction de la répartition que vous aurez choisie pour vos points de compétence.
Ah oui ! Ce MMORPG est partout autour de vous et vous pourrez continuer la partie où bon vous semble et à n’importe quel moment de la journée (même si la nuit reste le plus propice à l’acquisition de points d’expérience, il faut l’avouer).
Venez rejoindre un monde aux défis à votre mesure, venez rejoindre le monde d’UNIX ! Ci-joint un kit d’amélioration permettant de facilement augmenter votre niveau…

Denis Bodor
Sorcier niveau 18

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2 January 2010

« It’s a sign of Ubuntu’s growing maturity as a mainstream platform for regular users. »
Lors du dernier Ubuntu Developer Summit (UDS), la décision a été prise de retirer The Gimp de l’installation par défaut de la future Ubuntu 10.04. Il semblerait, en effet, que cette application soit jugée par certains comme trop complexe pour le simple utilisateur (le regular user). Cette décision aura sans doute été prise sur la même base de réflexion que celle ayant conduit à la désactivation du raccourci [CTRL]+[ALT]+[BACKSPACE] permettant de tuer le serveur ou quelques autres éléments du même type.
La question, derrière ces changements qui se font petit à petit dans l’environnement des distributions GNU/Linux, mériterait à mon sens bien plus de réflexion. Faut-il vraiment faire, des machines sous GNU/Linux, des appliances clés en main pour utilisateurs qu’on suppose peu enclins à comprendre ce qu’ils utilisent ?
Le mouvement semble général. Chrome OS, le dernier jouet à la mode chez Google, axe sa philosophie dans le même sens. Pourquoi donc livrer un système complet avec fichiers, mises à jour et applications puisqu’il suffit de décider, à la place de l’utilisateur, que le navigateur est la seule chose dont il a et aura besoin ?
Les interfaces simplifiées et une sélection judicieuse des applications par défaut semblent être la meilleure manière pour rendre les utilisateurs heureux. « Ceux qui veulent The Gimp pourront parfaitement l’installer » m’a-t-on dit. Certes, s’ils savent que l’application existe, s’ils comprennent la notion de « paquets » et s’ils connaissent la procédure (Synaptic devrait également disparaître au bénéfice d’une application « plus simple »). Cela n’est pas sans rappeler des théories douteuses dont « les applications graphiques sont plus simples que la ligne de commandes et les fichiers de configuration ». Si l’on explique à un enfant de 10 ans ce qu’il y a dans /etc/network/interfaces, il trouvera sans doute cela plus simple que l’interface touffue du Network Manager de GNOME ou celle de Windows XP.
A force de simplifier, de retirer toutes difficultés et toutes nécessités de comprendre, c’est une forme de liberté qui va finir par disparaître. Celle qu’ont les utilisateurs souhaitant comprendre et maîtriser, mais qui ne trouveront finalement aucun point d’entrée pour appréhender le système.
Un ordinateur personnel n’est pas un lecteur DVD de salon, une friteuse ou une tondeuse à gazon. Par définition, s’il devient aussi simple à utiliser que cela, l’ordinateur personnel n’en est plus un. C’est une appliance carrée, rigide et à laquelle les utilisateurs doivent se plier. Un système UNIX n’est pas cela non plus. KISS (Keep it Simple, Stupid) signifie « préserver la simplicité pour que l’utilisateur puisse comprendre » et non pas « cacher la complexité et retirer tout ce que l’utilisateur pourrait avoir à comprendre/apprendre ».

echo "Un peuple prêt à sacrifier un peu de "\
"ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les "\
"deux. -- Benjamin Franklin" | \
sed -e "s/peuple/utilisateur/" \
-e "s/sécurité/simplicité/" \
-e "s/une/un/;s/Benjamin Franklin/Moi/"

Rendez-vous le 30 janvier pour la suite de nos aventures et toujours beaucoup de choses à apprendre et comprendre…

Denis Bodor

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