27 February 2009

De la réduction de la diversité dans l’écosystème du logiciel libre
« Voilà un titre qui présage de plein de choses », allez-vous me dire. Le genre de phrase que l’on lancera sans problème en réunion entre un « pérenniser l’efficience open source » et un « business process management à fort potentiel ». Et pourtant…
La réalité est bel et bien là. Je m’en suis rendu compte en parcourant les archives FTP de ibiblio.org et d’autres serveurs. Ces noms ne vous disent peut-être pas grand-chose : twm, fvwm, OLwm, AfterStep, wm2… Ce sont des gestionnaires de fenêtres. Subitement, je me suis rendu compte d’une réalité troublante en cherchant à répondre à une question simple : qu’est-ce que GNU/Linux aujourd’hui pour les nombreux utilisateurs qui sont venus grossir nos rangs ?
La réponse tient malheureusement souvent en une poignée de noms de projets : Ubuntu, GNOME, OpenOffice.org, The Gimp et l’incontournable duo FireFox/Thunderbird. On peut ajouter pour les plus aventureux, Debian, KDE, KOffice, Fedora, Midori… Et pour les plus « Old School », Enligthenment, WindowMaker, Awesome, Irssi, Vim, Mutt, Emacs, Pine…
Mais, le fait est là. De nombreux projets n’avancent plus ou peinent à le faire faute de moyens et de main d’œuvre. L’écrasante popularité des applications phares entraîne un choix quasi automatique pour les toolkits associés. Qu’allez-vous choisir si vous devez développer une application graphique ? GNOME/GTK ? KDE/QT ? Quoi d’autre ? Une myriade d’applications viennent donc grossir des environnements graphiques déjà dominants et ainsi renforcer encore davantage leur position.
Vous en doutez ? Où est passé le support pour Xubuntu ? Depuis quand n’avez-vous pas vu fonctionner un autre navigateur que FireFox (sur un UNIX) ? Quelle application avez-vous lancée ces 12 derniers mois pour retoucher une photo ?
La popularité d’un système GNU/Linux construite autour de quelques applications n’est structurellement et fonctionnellement pas meilleure qu’un système propriétaire. Je ne parle pas, bien entendu, des avantages incontestables du logiciel libre, mais du manque de libertés induit par l’effet de masse. Pourquoi des utilisateurs continuent-ils de pirater MS/Office, alors qu’il existe une solution gratuite et open source pour leur système propriétaire ? Par habitude, bien sûr !
Cette centralisation autour de certaines distributions et environnements m’inquiète. Elle tue la diversité et finira peut-être par priver les utilisateurs de logiciels libres de leur plus importante liberté : le choix.
Essayer de faire comprendre aux nouveaux utilisateurs qu’il existe des alternatives dans l’alternative n’est pas difficile. Ceci leur montrera qu’il existe quelque chose après leur première expérience. D’autres manières d’utiliser son système. D’autres manières de concevoir son utilisation. Qu’il ne s’agit pas juste d’un pas, mais d’un chemin à arpenter…
Un grand nombre de projets méritent qu’on s’y attarde. Ceci est tout aussi vrai pour les applications graphiques que pour les solutions serveur. Ce n’est pas parce qu’Apache représente presque 50% des serveurs Web que je regrette mon choix personnel de Lighttpd (et ses 0.21%), car il est adapté à mes besoins. Je vous conseille d’en faire autant.
Mais nous aurons le loisir de discuter de tout cela si vous êtes de passage à Paris les 31 mars et 1/2 avril prochains pour Solution(s) (GNU/)Linux opensource, sur le stand G30.
Nous nous retrouverons, de toutes façons, le 28 mars pour le numéro 115.

Denis Bodor

Dans Éditos |

Il y a actuellement un commentaire pour “Édito : GNU/Linux Magazine 114”

  1. 1 Le February 27th, 2009, Dodji Seketeli dis:

    Mr Bodor,

    Je comprend bien qu’il y ait un phénomène de concentration de macro projets dans l’ecosystème du logiciel libre, comme du reste dans tout écosystème.

    Cependant l’écosystème du logiciel libre à des spécificités qu’il faut garder à l’esprit.

    Par exemple, je pense que la barrière d’entrée pour un développeur qui souhaite écrire son propre gestionnaire de fenêtre ou son propre navigateur oueb n’est pas plus élevée aujourd’hui qu’hier.

    Bien sur, d’un coté, le nombre de standards à implémenter est plus élevé, tout comme le sont les attentes des utilisateurs. Mais d’un autre coté, les outils de contribution (développement, échange de l’information etc) présents sont bien plus évolués et bien plus libres qu’hier.

    J’asserterais donc que la liberté des programmeurs et autres contributeurs du monde du logiciels libre n’est pas plus entravée aujourd’hui qu’hier, bien au contraire.

    Pour ce qui est de la liberté des utilisateurs, j’opterais plutôt pour une vision moins statique de la division production/consommateur. Vous semblez vous positionner dans un schéma ou l’utilisateur (le consommateur) ne serait _que_ utilisateur. Un peu comme dans le monde du minitel, ou producteurs d’information et consommateurs seraient séparés par une barriere de hauteur infinie.

    Je pense qu’aujourd’hui un utilisateur peu beaucoup plus facilement que par le passé soit participer à un projet, soit s’associer à d’autres utilisateurs pour faire éclore ou soutenir un projet libre. La barrière entre producteur et consommateur de logiciel libre est, à mon sens, moins élevée que celle qui existe entre producteur et consommateur de logiciel propriétaire. Et cela, même s’il existe de gros projets comme le noyau Linux, GNOME/KDE/XFCE, OpenOffice ou Mozilla.

    En d’autre terme, la liberté du logiciel permet à l’utilisateur de lancer sa propre intiative. A tout moment. Malgré ce que vous appelez l’effet de masse. Et cela est un paradoxe propre au logiciel libre.

    Je pense donc qu’il faut maintenant compter avec l’initiative des utilisateurs. Les rendre responsables aussi. Des succès, comme des déconvenues. Tout autant que les contributeurs.

    Pour conclure, je dirais que vouloir réaliser pleinement sa liberté ne dispense pas de comprendre l’environnement qui nous entoure et de comprendre comment les choses dont nous jouissons arrivent dans notre besace d’utilisateur. Une fois ces mécanismes compris, il nous appartient, par nos actes, de favoriser et soutenir les processus de création et de pérénnisation de cette liberté.

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